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Charles Dufresne, le rêve oriental

Du samedi 17 mars au lundi 18 juin 2012
Exposition


Charles Dufresne est un peintre quasi inconnu du public et de la critique. Comment expliquer qu’un artiste si présent durant les années 20 et 30 soit aujourd’hui tombé dans l’oubli ?
Le peintre lui-même fut responsable de cet état. Conscient de son art, il ne souhaitait guère exposer  et il n’encourageait pas la critique à s’intéresser à lui. Sa discrétion ne pouvait pas servir sa diffusion et la compréhension de son œuvre.

En 2012, nous fêtons le centenaire de sa présence à la villa Abd-el-Tif à Alger, d’où cette exposition à l’Annonciade, musée de Saint-Tropez, autour du thème oriental si souvent appelé dans ses œuvres.

Charles Dufresne, né en 1876, débute sa carrière par un apprentissage de graveur tout en s’initiant au dessin. Elève libre dans l’atelier de gravure d’Hubert Ponscarme, il travaille ensuite pour Alexandre Charpentier, graveur et sculpteur émérites.

Mais si Charles Dufresne présente avec succès quelques médailles au Salon de la Nationale en 1902 et au Salon de la Libre Esthétique en 1903, il cessera très vite de sculpter pour se consacrer à la peinture et en 1905 au Salon des Indépendants il expose huit pastels qui «sont la plus grande nouveauté de ce rendez-vous de tant d’audace». Ces pastels montrent combien il est loin de l’académisme. Sans doute,  les incomparables observations de Toulouse Lautrec, la beauté furtives des notations de Degas, lui inspirèrent quelques esquisses et études à la manière impressionniste.

En 1910, Charles Dufresne obtient une bourse pour la villa Abd-el-Tif à Alger. Cette bourse qui le met pour la première fois de sa vie à l’abri de toute contrainte matérielle lui ouvre une perspective nouvelle pour son œuvre. D’autant que la «villa Médicis algérienne», ainsi nommée, n’avait aucun point commun avec la célèbre villa Médicis.
En contradiction avec l’institution romaine, la villa Abd-el-Tif est beaucoup plus libérale, plus ouverte aux tendances de l’art moderne. Elle permet à des artistes dont la personnalité est déjà affirmée de travailler sans contrainte.

L’Algérie fut un choc qui va libérer le besoin d’exotisme dont il ne soupçonnait pas l’existence. La découverte de la lumière crue de l’Afrique du Nord, la manière dont cette lumière modèle les formes et interagit sur le ton local par l’intermédiaire du reflet, l’amène à considérer que la lumière et couleurs ne peuvent être dissociées.
Les débuts furent sans doute difficiles et l’on peut imaginer que les premières œuvres sous cette lumière furent d’abord graphiques. Les dessins au crayon ou à l’encre de chine lui permettent d’éviter la couleur car il faut d’abord apprivoiser cette lumière.
Sous le ciel d’Alger, il renonce au pastel peu pratique sous ce climat pour l’aquarelle qui se prête admirablement à la représentation diaphane du pays.

L’exposition présentera de nombreuses aquarelles de ce séjour, car il réalisera très peu de peintures à l’huile. Et c’est plutôt pendant les deux années qui suivent son retour à Paris qu’il peindra de nombreux tableaux sur ce thème algérien.
Mobilisé en 1914, et atteint par les gaz, il est affecté à la section de camouflage, avec Dunoyer de Segonzac, La Fresnaye, Mare, Boussingault. L’œuvre de cette période est cubisante, Dufresne y dépeint des scènes de guerre dans une palette qui s’est assombrie.

Après guerre, il reprend le thème de l’exotisme dans une interprétation toute personnelle, aux accents lyriques. Son art comporte alors une part de légèreté, d’humour, d’ironie : dans ses chasses si souvent peintes, les chevaux  peuvent être bleus, les lapins roses et les zèbres courir dans la jungle. Son œuvre, contrastant avec les inquiétudes contemporaines, a quelque chose d’anachronique, et en même temps, elle s’impose par son éclat, son assurance et son ampleur. Il apparaît comme «un surprenant héritier de Delacroix» à la facture nerveuse, fluide. Une écriture flexible et vivante où la couleur domine. 

Du 17 mars au 18 juin, de 10h à 12h et 14h à 18h
Entrée payante.

Voir la page du musée de l'Annonciade



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