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La couleur sous la lumière de l’Orient : de Delacroix à Matisse

Du samedi 5 juillet au lundi 13 octobre 2014
Exposition


Le Musée de l’Annonciade est considéré comme un temple de la couleur avec les oeuvres d’artistes comme Signac, Cross, Bonnard, Matisse, Derain, Vlaminck, Delaunay, …

Ce temple appelait donc de ses voeux une exposition que l’on aurait pu intitulée : La couleur dans tous ses états. Couleur qui prend sa source dans la nature de l’Orient, et qui de Delacroix à Matisse, marqua les artistes.
Ce n’est nullement un Orient romantique que nous abordons, mais davantage le caractère scientifique qui a poussé les artistes vers la résolution des grands problèmes de la lumière et de l’atmosphère. Pour les peintres qui ont voyagé en Orient, alors que leur technique est
déjà aboutie, on assiste souvent à une évolution très nette dans l’utilisation de la couleur. Les tons sont plus chauds, la palette prend des teintes plus rouges, jaunes ou brunes. La lumière est chaude, les contrastes accentués, les couleurs vives et chatoyantes.

Mais combien difficile est de peindre tant « la lumière débordante de l’Afrique écrase tout. Elle avale la couleur, la dissout dans une ébullition immobile et perpétuelle, blanchit un ciel que tout le monde croit bleu, mêle le rouge au vert et rassemble enfin les complémentaires dans une splendeur incolore. En consumant les arbres, elle brûle toutes les valeurs. Pour finir, tant de flammes ne fait qu’une négation, et cette beauté n’est qu’un bûcher » écrit Albert Camus dans L’envers et l’endroit .

L’exposition cherche avant tout à montrer les difficultés qu’ont les peintres face à cette lumière et pour la plupart d’entre eux c’est à travers le dessin d’abord qu’ils entrent dans ce monde oriental. En effet le dessin permet une rapidité d’exécution, il est un instantané qui sera repris plus tard en atelier. 

Delacroix, a trouvé en terre africaine une lumière vibrante exaltant les formes et métamorphosant la nature. S’il lui avait été impossible durant son séjour de dresser un chevalet il n’avait pas cessé de dessiner, jour après jour, au cours de la mission entre Tanger et Mekhnès. Et les centaines de croquis ainsi accumulés, devaient constituer un répertoire inépuisable d’images dont il s’est servi jusqu’à sa mort. Séduit par la magie qui se dégage des couleurs de ce pays, ses oeuvres en porteront à jamais l’empreinte.

Chassériau et Fromentin voient dans les thèmes orientaux autre chose que des évocations pittoresques. Le premier nous offre une oeuvre riche à travers les rues de Constantine et d’Alger. Quant à Fromentin il analyse dans sa complexité la lumière du ciel d’Afrique qu’il ne traverse pas en voyageur hâtif. « Le gris, voici l’avènement et le triomphe du gris. Tout est gris, depuis le gris froid des murailles jusqu’aux gris puissants et chauds des terrains et des végétations brûlées.

Enfin, un peintre comme Decamps sera également invité car il fut un des premiers à saisir ce monde oriental. Envoyé en mission en 1828 en Grèce puis au Moyen-Orient, il prend des notes, réalise des croquis et emmagasine des images devenues source d’inspiration à son retour.
Les peintres impressionnistes n’ont guère goûté cet Orient, leurs préoccupations étant ailleurs. Monet ne donna pas de trace de son année passée en Algérie lors de son service militaire. Seul Renoir, présent en Algérie au printemps 1881- 1882, fut enthousiasmé par les
splendeurs du paysage. Fasciné par la lumière et par la richesse des couleurs, il peignit de purs paysages. Ce voyage influencera largement ses oeuvres futures. Toutefois il ne sera pas présent dans cette exposition car son oeuvre oriental reste trop occidental. 

Valtat, en 1905 est auprès de Renoir à Magagnosc dans les Alpes maritimes, sans doute ce dernier lui conta l’Algérie et cette lumière orientale. En 1906, il fit un voyage à Alger et réalisa dans cette lumière des peintures d’une blancheur peu commune dans son oeuvre.
Pour les Néo-impressionnistes et notamment Signac, la découverte d’Istanbul fut un éblouissement : « La lumière enveloppée du Nord sur une couleur d’Orient »

Van Rysselberghe au cours de son dernier séjour au Maroc réalise combien les colorations sont si cristallines qu’il n’ose pas peindre et se contente de prendre des notes de couleurs qu’il développera plus tard à Bruxelles.

Une jeune génération, celle de Matisse, Camoin, Marquet qui quelques quatre-vingt ans après Delacroix, succombe à l’attrait du pays.

Matisse n’a-t-il pas écrit « La révélation m’est venue de l’Orient ». La lumière, les hommes, les costumes, l’architecture qu’il découvre constitue pour lui la matière d’un émerveillement qui transcendera toute son oeuvre.

Pour Camoin , la découverte de la lumière tangéroise modifie sa pratique picturale et lui inspire des thèmes spécifiques. Quant à Marquet, les séjours marocains lui permettent de renouveler ses thèmes, de tendre vers une plus grande simplification pour exprimer l’essentiel des lignes et des formes que ne détruisent jamais les subtiles modifications de tons.

Chabaud utilise essentiellement le dessin, souvent réalisé in situ, oeuvres de premier jet et qui, de retour en France, lui serviront ensuite à élaborer ses grandes toiles. 

Pour Dufresne , l’Algérie fut un choc et les débuts furent difficiles et l’on comprend que les premières oeuvres sous cette lumière furent d’abord graphiques. Les dessins au crayon ou à l’encre de chine lui permettent d’éviter la couleur car il faut d’abord apprivoiser cette lumière. 

En 1914, c’est Macke, Moilliet et Klee qui se rendent en Tunisie. Moilliet dont l’oeuvre aquarellé est sans aucun doute né à partir de ses voyages en Afrique du Nord . Pendant près de trente ans cette technique sera son mode d’expression.

Paul Klee attendait de ce voyage des révélations artistiques dans la lumière solaire des paysages tunisiens. Faire des découvertes artistiques se rapportant aux théories de la lumière et de la couleur défendues par Delaunay. Le voyage sera le déclic qui fera du dessinateur un peintre « La couleur me tient, je n’ai plus besoin de la poursuivre…Voilà le sens de cette heure heureuse, moi et la couleur ne faisons qu’un. Je suis un peintre. »

Macke porte son intérêt sur la structuration de la couleur, la rythmique et l’organisation dynamique de l’espace pictural. La transformation du figuratif en non figuratif trouve à Tunis sa conséquence logique.

Mais il faut également convoquer les artistes russes, ceux qui confrontent la tradition picturale académique européenne à toutes les autres traditions et notamment celles de l’Orient asiatique.

Un des premiers, Kandinsky mettra l’accent sur l’Orient. C’est avec le Cimetière arabe de 1909 que Kandinsky fait ses premiers pas dans l’abstraction. Trop peu connu, un artiste comme Sarian sera présent car il est un des rares artistes russes du début du XX° siècle à s’affirmer réellement dans la lumière orientale de l’Arménie.

Le Musée de l’Annonciade ambitionne de réunir un ensemble de toiles et d’aquarelles en provenance de collections particulières et de musées nationaux et internationaux en étroite collaboration avec les spécialistes des divers courants picturaux qui composent ce parcours. 

A l’occasion de cette exposition, un important catalogue sera édité par le Musée de l’Annonciade.

Consultez les horaires d'ouverture sur le site de la ville.



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